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L’entreprise clermontoise Carbios a mis au point une technologie révolutionnaire qui permet de recycler l’un des plastiques les plus utilisés dans le monde à l’infini, aussi facilement qu’on le fait avec le verre.

Une bonne nouvelle en ces temps chahutés: notre surconsommation de plastique pourrait bientôt ne plus poser aucun problème environnemental. Tout ça grâce à une start-up française, Carbios, qui vient de trouver un moyen de recycler à l’infini un des plastiques les plus utilisés au monde: le polytéréphtalate d’éthylène, plus communément appelé PET.

Ce plastique très courant, qu’on retrouve aussi bien dans les bouteilles d’eau que les flacons de shampoings, de produits d’entretien et même dans certains tissus synthétiques, représente aujourd’hui plus de la moitié du total des déchets plastiques produits en France.

10% du PET recyclé dans le monde

Or jusqu’à présent, les technologies de recyclage existantes ne permettent pas de récupérer 100% de la matière. Et le plastique recyclé n’a plus le même niveau de pureté que le PET originel, il ne peut donc plus être mis au contact d’aliments par exemple. En outre, ces procédés ne peuvent être reproduits qu’un nombre limité de fois. Au bout de cinq ou six recyclages, tout finit à l’incinérateur. S’y ajoutent les problèmes de collecte et de tri qui font que dans le monde, seul 10% du PET mis sur le marché est effectivement recyclé.

Mais tout va changer avec la technologie de Carbios. Une innovation basée sur une enzyme que les chercheurs ont trouvée dans la nature, puis modifiée en laboratoire avec l’aide de l’Insa Toulouse, l’Inrae et le CNRS, pour en faire une formidable recycleuse de plastique.

Du PET comme neuf

Cette molécule biologique résout en effet un des problèmes rencontrés pour recycler correctement le PET, à savoir séparer les deux résines qui le composent.

“Il faut s’imaginer le PET comme un collier de perles, une perle étant d’une résine, la suivante de l’autre. Une perle rouge, une perle bleue, une perle rouge, une perle bleue, et ainsi de suite. L’enzyme vient couper le lien entre chacune, pour qu’on puisse purifier chaque perle, et ensuite les réassocier”, explique Sophie Duquesne, chercheuse INRAE au Toulouse Biotechnology Institute.

A la fin du processus, on récupère donc un produit “qui a très exactement les mêmes propriétés que le PET produit par l’industrie pétrochimique”, se félicite Alain Marty, le directeur scientifique Carbios. Ce PET là peut donc même être utilisé pour l’emballage alimentaire.

Cette technologie révolutionnaire emballe les plus grands acteurs de la science, de l’investissement et de l’industrie. Ainsi la revue Nature, qui a consacré les plus grandes innovations de ces dernières décennies, du clonage de Dolly au séquençage de l’ADN, a consacré sa Une à l’enzyme de Carbios jeudi.

Pepsi, Nestlé et L’Oréal comme bonnes fées

Et bien avant ses premiers résultats, Carbios a bénéficié de la confiance de poids lourds comme Truffle Capital, qui a investi à tour de bras depuis la création de la start-up en 2011, et de BPI France et l’Ademe qui ont également mis des fonds au nom de l’Etat français.

D’autres comme Pepsi, L’Oréal, Orangina-Schweppes et Nestlé, ont joué les bonnes fées en aidant Carbios “à créer la chaine de valeur”, détaille son directeur scientifique.

“Ces groupes nous ont mis en relation avec les prestataires de la collecte de déchets français pour qu’on récupère des déchets plastiques, et aussi avec des producteurs de PET, pour voir s’ils accepteraient de travailler avec nos matières recyclées. Ce club de marques nous aide aussi à tester notre matériau sur les produits qu’elles vendent. Nestlé envisage même de remplacer le plastique de ses pots de yaourt, qui se recycle très mal, par du PET”, détaille Alain Marty.

Aussi bien entouré, Carbios peut avoir de grandes ambitions. L’entreprise construit un démonstrateur industriel dans la banlieue de Lyon, capable de recycler 2000 tonnes de PET, qui sera opérationnel en 2021. Deux ans plus tard, la start-up clermontoise se voit construire une énorme usine européenne d’une capacité de 100.000 tonnes par an, et une dizaine d’autres dans le monde avant 2030.

Réhabiliter le plastique

“Nos usines seront installées juste à côté des usines de production de contenants en PET. Ainsi, au lieu de rentrer les matières premières issus du pétrole, elles récupéreront nos matières premières issus du recyclage”, s’enthousiasme Alain Marty.

Et au-delà de l’industrie agro-alimentaire, Carbios va chercher à se développer aussi dans le textile. Car des tissus comme la polaire ou ceux qui habillent les habitacles de voitures sont eux aussi faits de PET, et pourraient être recyclés par l’enzyme de Carbios.

Cette technologie, c’est enfin aux yeux d’Alain Marty un moyen de réhabiliter le plastique à l’heure où le monde entier le stigmatise. Parce qu’il a quand même ” des tas d’avantages, pour conserver au mieux la nourriture, rendre les véhicules plus légers et moins voraces en carburant, etc.”, rappelle Alain Marty. “Le problème n’est pas le plastique mais le déchet plastique. Si on le résout avec le recyclage, il n’y a plus de problème”.

Source : BFM